Au coeur du peloton avec Julien Bernard

La saison se termine presque chez les professionnels, chez Culture Vélo on avait envie d’en savoir plus sur le monde professionnel.

On est donc parti à la rencontre d’un pro Français qui court dans une équipe Américaine et son père est un grand nom du cyclisme Français.

« Vous avez trouvé ? »

C’est Julien Bernard, le coureur du team TREK FACTORY RACING et fils de Jean-François Bernard (vainqueur de trois étapes sur le Tour de France quatre sur le Tour d’Italie, une sur la vuelta...)

En route pour cette rencontre.

Salut Julien, de retour de la Vuelta (Tour d’Espagne), c’est quoi la première impression ?

Wouahh quelle course... c’était mon premier grand tour. Tous les jours j’ai appris, au départ je ne te cache pas que c’était une vraie inquiétude, tu imagines c’est trois semaines !!! je partais vraiment dans l’inconnu, tu ne sais pas comment ton corps va réagir et si, pendant trois semaines tu n’as pas les jambes, ça va être vite la galère alors oui j’avais la pression. Mais j’avais envie de bien faire.

Une galère vraiment ? On t’a vu devant, on t’a vu à deux doigts de gagner l’étape reine à l’Aubisque…

Oui c’est vrai, pour un premier grand tour j’ai bien couru, j’ai eu de bonnes sensations sur l’ensemble du tour et sur cette étape, j’étais très content d’être devant, c’était un vrai chantier 5700 m de dénivelé...

Tout le monde avait peur de cette étape, moi j’y suis allé au culot, dans l’échappée j’ai fait ma part de travail peut-être un peu trop ailleurs. Je me fais rejoindre à 6 kilomètres de l’arrivée, j’ai un peu craqué sur la fin, je ne pouvais pas suivre... C’est dommage car j’avais les jambes, de très bonnes jambes mais j’ai trop donné pour creuser l’écart. Avec le recul, tu te dis bon c’est dommage, j’aurai dû en "mettre moins" mais au final quelle expérience. Je suis devant sur l’étape reine, c’est pas mal non ?

Plus que pas mal oui et au final tu es 57ème au général !!! Sur un parcours ultra exigeant, avec un niveau extraordinaire Froome Quintana, Contador, Valverde...ce n’étaient pas des novices, tu peux être satisfait.

Clairement je ne me voyais pas à ce niveau-là. Je peux vraiment dire qu’avant le tour d’Espagne j’étais néo pro et maintenant je suis vraiment un pro. Je sens que j’ai vraiment franchi un cap, j’ai pris "la caisse" et je pense que pour, l’avenir c’est une très bonne chose. Après, c’est vrai que la course est vraiment très débridée donc ce n’était pas facile. Il fallait tous les jours pour bien gérer ses efforts, ne pas en faire trop mais se montrer…pas simple tout ça mais au final, c’est très riche en enseignements une course d’un tel niveau.

Tu penses donc que la Vuelta est plus facile pour un néo pro qu’un Tour de France par exemple ?

En Espagne, la course est plus ouverte. Sur le terrain, ce n’est pas plus simple au contraire on l’a bien vu cette année …des arrivées au sommet avec des pentes à 30 %, des étapes avec quasiment 6000 m de dénivelé vraiment c’était dur. Les organisateurs de la Vuelta veulent toujours rendre la course plus difficile, c’est bien pour le spectacle, pour nous pas toujours… mais au final, tout le monde est content, les spectateurs car il y a du mouvement et nous aussi car il y a de la place pour tout le monde.

Pour un néo pro, c’est parfait on apprend, les stratégies sont plus ouvertes. Il faut le dire sur la Vuelta il y’a moins de pression, il y a plus de liberté. Par exemple quand on voit, Lilian Calmejane ( néo pro aussi) qui arrive à gagner c’est beau, sur le Tour c’est quasi impossible de voir cela... Un néo pro va pouvoir se faire plaisir sur la Vuelta, le Tour de France c’est trop de pressions, trop d’enjeux médiatique, économique c’est devenu la course de l’année à ne pas rater. Une équipe, un coureur a le droit de rater son année, mais pas le Tour…

Du coup pour un néopro, faire le Tour de France, ce n’est pas lui faire un cadeau, d’ailleurs un néopro sur le Tour de France, cela ne se voit plus.

La Vuelta c’est vraiment ouvert ça attaque tout le temps, c’est débridé, c’est presque une course à l’ancienne et c’est ça qui est bon.

Donc pour toi enlever les oreillettes, réduire le nombre de coureurs par équipe, ce n’est pas forcément la solution pour redynamiser une course ?

Pour moi non, Le Tour de France est victime de son succès, pour les sponsors c’est la vitrine…il faut se montrer. Du coup les managers, les coureurs ne doivent pas se rater, ils réfléchissent deux fois avant d’attaquer. A mon sens c’est ça qui ferme un peu plus la course, mais quoi qu’il arrive, le Tour de France, c’est la plus belle course par étapes de l’année et donc tout le monde veut y être. Alors oui, il va falloir trouver des ajustements pour rendre la course plus excitante, palpitante, sinon le spectacle va en prendre un coup.

Parlons un peu de ta carrière, tu es Français, encore méconnu du grand public mais tu es déjà dans une grande équipe étrangère, c’est rare, tu peux nous expliquer ton parcours ?

Déjà, j’ai commencé le vélo assez tard, mon père que tout le monde connaît dans le milieu ne voulait pas que j’en fasse, il m’a toujours dit "non, le vélo c’est trop dur…" pendant longtemps j’ai joué au foot et après j’ai eu envie de découvrir le vélo. J’ai donc commencé en cadets dans le club de Varennes-Vauzelles. J’y suis resté quatre ans et ensuite je suis passé directement au SCO de Dijon. Là-bas, j’ai beaucoup appris, j’ai évolué, j’ai gagné de belles courses, j’ai fait mes preuves et j’ai eu la chance de rencontrer Allain Galopin qui a été mon lien pour entrer dans le monde professionnel.

J’ai donc été stagiaire l’année dernière sur le tour de l’Utah et sur le Tour du Colorado et ça s’est très bien passé,j’ai même pu prendre une 10eme place sur le tour de l’Utah et une sixième en Chine en fin de saison. À la suite de cela, j’ai donc signé chez Trek. Pour moi, c’était une grande chance, signer à l’étranger c’est aussi se mettre en danger quelque part. La culture est différente, les repères sont différents, mais j’aime bien et aujourd’hui j’apprends tous les jours au contact d’autres cultures, c’est ultra enrichissant pour moi en tant que coureur mais aussi en tant que personne.

Attention, Je ne dis pas qu’une team étrangère est mieux qu’une team française, c’est juste que c’est bien pour découvrir autre chose.

Après, forcément au premier rassemblement quand tu te retrouves à côté de Fabien Cancellara notamment, tu en prends plein les yeux , c’est un mythe et en plus c’est quelqu’un d’attachant et très à l’écoute.

Justement, comment ça se passe un Français chez les « ricains », l’intégration a-t-elle été simple ?

Franchement, ça n’a pas été un problème du tout. Au début, il y avait un peu la barrière de la langue mais au final tu apprends vite, le staff est ultra présent, tu es encadré, on te conseille, on t’aide et les leaders sont là pour toi aussi Franck Schleck, Haimar Zubeldia, Bauke Maulema étaient ultra disponibles pour moi. Ça été simple , après comme partout il faut faire ses preuves en course et quand tu néo pro,tu es là pour aider les leaders et ton objectif, c’est que l’équipe soit satisfaite de ton travail. C’est ce que j’ai voulu faire toute l’année, je pense que je n’ai pas déçu l’équipe.

Une saison pleine en plus, tu vas terminer ta saison en octobre du coup c’est quoi le premier bilan ?

Il est positif, j’ai eu la chance d’avoir un calendrier dense, j’ai pu faire des courses world tour, le Dauphiné, le tour de Romandie, la Vuelta et d’autres courses par étapes j’ai donc énormément appris. Pour moi ? C’est une très très bonne première année et l’année prochaine forcément, j’espère gagner ma première course et me faire autant plaisir.

Du plaisir justement, c’est quoi ton meilleur souvenir et ton plus mauvais souvenir pour ta première année pro ?

On va commencer par le plus mauvais, c’est une vilaine chute lors du contre-la-montre par équipe lors du Tour de Croatie, je n’ai pas eu le temps de la voir venir, en plus je me suis fait mal et après je suis juste tombé malade donc la reprise était délicate, mais en retravaillant, j’ai retrouvé mes sensations.

Mon plus beau souvenir, il est collectif, c’est ma première victoire en équipe et quelle victoire Fabien qui gagne la strade bianche... OK ce n’était pas ma victoire, mais j’étais là pour l’aider et en tant qu’équipier, c’était une vraie émotion.

Des émotions, tu risques encore d’en avoir quand tu vas retrouver El pistolero (Alberto Contador), John degenkolb, l’année prochaine ?

Forcément moi qui suis un grimpeur, Alberto Contador c’est la perfection... Le voir attaquer c’est juste incroyable, il a la course dans la peau. Il a une expérience incroyable, je pense qu’il va apporter énormément à l’équipe et Ivan Basso ( futur manager) dans l’encadrement le sera aussi. John, lui c’est un autre profil, il passe partout, il va vite au sprint et c’est aussi un coureur de classe mondiale. Alors, les retrouver dans la même équipe où ils seront mes leaders bah voilà c’est une chance, j’ai 24 ans et j’ai eu Fabian Cancellara, maintenant c’est Contador, Dekengolb je ne vais que qu’apprendre.

Tu es né un jeune pro et on sent déjà chez toi, une maturité dans ton analyse sur ta première année, tes objectifs...

Je ne sais pas si c’est une signe de maturité mais je pense qu’aujourd’hui oui il faut réfléchir, le cycliste bourrin qui roule 7h par jour...n’a plus trop sa place dans un peloton. Les carrières sont courtes, il faut y penser aussi. Mon père le savait et a toujours insisté pour que je termine mes études avant de vouloir passer pro. J’ai donc eu une licence en management en 2013 . Pour moi, c’est important d’avoir un bagage à côté et malheureusement dans notre discipline, concilier les deux c’est très dur mais je pense qu’aujourd’hui, nous avons plus d’outils à disposition (formations, conseils…). Donc c’est possible, mais il faut encore plus travailler et être motivé à 200%.

Un petit point sur le matériel, comment ça se passe chez Trek ? Vous avez des vélos sur mesure ?

Déjà on a la chance d’avoir trois modèles à disposition ce qui est rare… Il y a l’EMONDA, le MADONE et le DOMANE. Avec mon profil (grimpeur léger), j’ai opté pour l’EMONDA, pourquoi ? Je le trouve, léger, rigide et super réactif...ce sont les critères de choix pour moi. Après, non nous avons les vélos de série, il n’y a pas de sur-mesure. Au début d’année il m’avait mis sur un 50 et au deuxième stage ( en ayant gagné de la souplesse) j’ai pris un 52. J’ai 120mm en potence, et 172.5 en manivelles.

Aujourd’hui c’est l’entraînement (ou plutôt la balade pour toi) c’est ton vélo de course que tu as ?

La balade non pas vraiment ca roule bien…Pour le vélo, c’est celui qui reste chez moi toute l’année, mais il a la même configuration que celui du service course ...le cintre, la selle, la potence tout est identique sauf les roues. C’est vrai, je préfère avoir des roues à pneus jantes basses et retrouver les jantes hautes à boyaux pour la compétition. Après petit détail, j’adore aussi avoir le shiftters DI2 au niveau du guidon, en ayant les mains en haut du cintre, je peux changer les vitesses.

Alors que ce soit à l’entraînement ou en course, ils sont sur mon vélo. Le capteur de puissance lui aussi est partout, il est obligatoire donc voilà mes vélos courses et celui entrainement, c’est une configuration qui est quasiment identique et ce pour ne pas perdre les habitudes.

Le capteur de puissance obligatoire tu peux m’expliquer pourquoi ?

C’est simple aujourd’hui, c’est la seule donnée qui est fiable à 100 %. Alors oui, avoir le rythme cardiaque c’est déjà un bon indicateur ,mais c’est tellement variable pour un même état de forme. Tu vois sur le Tour d’Espagne lors de la première étape sur la ligne de départ, je suis à 65 70 pulsations et le jour de la dernière étape, mon cœur est à 45, pourtant je suis aussi bien.

Du coup ne se fier qu’à cet indicateur-là est trop réducteur, pour nous professionnel, la puissance c’est la base. Maintenant c’est une certitude pour bien se servir d’un capteur de puissance, il faut savoir analyser ses données et adapter son entrainement en fonction. C’est un métier maintenant l’analyse de données.

Du coup comment tu fais ? tu as un entraîneur spécifique ?comment ça se passe chez Trek ?

C’est assez simple, j’ai toujours mon entraîneur du Sco Dijon, c’est lui qui me donne les plans d’entraînement et après on a une plateforme de téléchargement de nos données. Comme cela, le staff de chez Trek est au courant de ce que je fais, ils analysent aussi les données et là c’est clair tu ne peux plus mentir. À distance, on contrôle ce que tu fais c’est ça aussi le professionnalisme aujourd’hui.

Du coup pour toi, c’est quoi ton quotidien de pro ? C’est quoi la charge de travail moyenne ?

En fait il n’y a plus de semaine type, c’est en fonction de beaucoup de paramètres, le premier le calendrier des courses et le deuxième la forme du moment. Alors forcément, il y a toujours les fondamentaux en hiver, on travaille l’endurance et on aligne les kilomètres et dans la saison, on adapte en fonction du nombre de courses et des sensations.

Donc dans l’année, les sorties de plus de six heures sont rares mais elles sont toujours là. Après, je fais du travail spécifique sur les sorties de -3-4 heures max, cette année par exemple je vais dépasser 30 000 km. C’est conséquent, mais entre les courses et l’entrainement, c’est la charge moyenne d’un coureur pro.

Et au niveau nutrition, chez les pros c’est aujourd’hui la course à l’armement ; tout le monde veut être maigre, c’est la chasse aux kilos ,comment toi tu fais ?

J’ai une chance à ce niveau là parce que je ne contrôle pas vraiment, je ne pèse pas mes aliments. Par contre, je regarde ce que je mange, on a des conseillers aussi mais pour moi ce n’est pas un problème, je sais me gérer à ce niveau-là et sans me contraindre. Tu vois par exemple, au départ du Tour d’Espagne, j’avais déjà un % de Matière grasse bas 4,8 % et au final je termine le Tour à 3,5 % . Forcément pour un sédentaire qui lui à un taux autour de 15%, cela peut paraître fou un tel niveau mais notre quotidien, notre entraînement, nous permet cela et surtout nous avons un suivi régulier. En tout cas, la nutrition oui c’est important, c’est comme une voiture, tu dois mettre une bonne essence pour que ça marche, donc oui je fais attention mais je ne suis jamais à la diète.

D’ailleurs, si tu avais des conseils à donner aux amateurs comme nous, tu dirais quoi ?

La première chose c’est de prendre du plaisir, le vélo c’est ça, du plaisir et si vous voulez progresser il n’y pas beaucoup de solutions... il faut s’entraîner intelligemment. Tu vois par exemple ? quand je roule avec des amateurs, ils roulent souvent trop vite pour moi ? non pas que je n’arrive pas à suivre....mais ils en font trop.

Personnellement ? je suis rarement au-dessus 30 KM/H de moyenne pendant mes entraînements par contre je fais du spécifique. Donc mon conseil , c’est d’arrêter de rouler trop fort il vaut mieux faire une sortie à 27 28 km/h de moyenne avec des exercices spécifiques, c’est comme ça que l’on progresse, ce n’est pas de monter une bosse à fond et s’arrêter en haut ou alors rouler à fond pendant 1h30 qui va vous faire progresser au contraire…

Julien, on arrive quasiment à la fin de notre sortie, on doit te souhaiter quoi pour 2017 ?

Déjà, Il me reste encore un mois avant la fin de saison alors pourquoi pas une victoire d’ici là. Sinon c’est continuer la progression sur l’année 2017 et aider encore davantage mes équipiers.

Merci Julien pour ton retour et surtout de nous avoir attendu.

Tu parles, regarde on a 30 de moyenne, je te l’ai dit, je ne vais jamais plus vite à l’entraînement et merci à toi aussi et à bientôt.

Trouver un magasin

Avec 73 magasins, il y a nécessairement un Culture Vélo près de chez vous :

ou

Pour ne plus rien râter de notre actualite

newsletter inscription Newsletter