Champs-Elysées, dimanche 24 Juillet 2005. Sur le podium protocolaire, Lance Armstrong revêt le dernier maillot jaune de sa carrière. L’américain serre alors dans ses bras son rival de toujours, Jan Ulrich, et jette un regard, où la nostalgie semble déjà l’envahir, sur ses sept dernières années, et ses sept victoires sur SA course : le Tour de France.
L’instant est immortalisé, et quelques jours plus tard, on retrouve la photo en question en couverture de Vélo Magazine, sous-titrée : « La fin d’une époque ». Le mensuel français fut tiré à des milliers d’exemplaires, mais parmi tous les lecteurs de ce numéro, il est peu probable qu’il y en ait, ne serait-ce qu’un, ayant remarqué que les yeux d’Armstrong fixaient précisément le mot « fin » du gros titre de couverture. Pure coïncidence ? Le Texan savait-il alors déjà qu’il annoncerait son retour, trois ans plus tard, à la surprise générale ? On se doute bien que non, mais revoir la photo prise en cette fin de Juillet 2005 surprend...
C’est donc vrai : Lance Armstrong revient dans le cyclisme en 2009, pour tenter de gagner une huitième fois la Grande Boucle. Cette fois, son but n’est pas « d’emmerder les français (sic) » (il avait en effet annoncé fin 2005, avec - un certain - humour, que ce serait sa seule motivation de courir le Tour 2006) mais de médiatiser la lutte contre le cancer. Officiellement, du moins. Car il est difficile de comprendre la réelle motivation d’Armstrong, qui ne souhaite ni salaire ni primes (!) - est-ce vraiment possible qu’il ne revienne que parce que les pelotons lui manquent ? Il aura de plus 37 ans bien tassés en juillet prochain et va reprendre la compétition après quatre ans d’absence -alors certes, il a conservé une excellente forme pendant ces quatre années, en disputant des marathons et récemment une course de VTT à laquelle il a terminé second, mais cela ne suffit pas pour pouvoir gagner le Tour ! Pour un homme « normal » en tout cas - comprenez : un coureur propre.
Car s’il ne pourra plus utiliser les mêmes méthodes de dopage que pendant son septennat (honnêtement, quel naïf croit encore qu’Armstrong était « clean » ?), ma crainte est en fait qu’il en ai trouvé une nouvelle, indétectable (serait-il possible que cela soit la même que celle utilisée par une équipe dont je ne citerai pas le nom, mais qui devance très étrangement toutes les autres en nombre de victoires cette saison ?). Il faut, en effet, se mettre au clair tout de suite : c’est physiquement impossible, après quatre ans sans compétition, qu’Armstrong puisse remporter le Tour 2009. En somme, soit il se dope et réussit son come-back (et encore, ce n’est pas gagné), soit il « se loupe » (cela ferait quand même bizarre, lui, qui en sept ans où il était certes dopé mais néanmoins fin tacticien, n’a pas fait une seule erreur !) et entache sa réputation qu’il s’est faite, de « coureur invincible sur le Tour » - même si on pourrait également voir dans une défaite de l’américain une humanisation. Dans ce dernier cas, le souvenir d’un monstre (dans le sens où il était imbattable) changerait peut-être dans la tête des suiveurs de cyclisme, et, tout bien pesé, c’est possible aussi qu’il pense plus ou moins secrètement à l’image que les gens auront de lui plus tard.
Mais il reste un dernier cas de figure, auquel personne ne pense : et s’il ne revenait pas sur le Tour ? Je ne pense pas là à un refus d’invitation de la part d’ASO (à l’heure actuelle, après les déclarations de Christian Prudhomme, il semblerait qu’il n’y ai pas trop de problèmes de ce côté-là) mais bien à une décision volontaire d’Armstrong de ne pas faire le Tour. Mais alors, dans ce cas, pourquoi avoir annoncé son retour, me dira-t-on ? Très franchement, je n’en sais rien ; tout ce que je peux vous dire, c’est que je ne croirai vraiment à un come-back de Lance Armstrong que s’il est au départ, le samedi 4 Juillet, à Monaco !
Le rendez-vous est pris.